Yayoi Kusama en 2 minutes
- BILLARD E.
- 14 oct. 2019
- 3 min de lecture
Infinity Mirror Rooms. L’occasion de mieux connaître cette psychédélique princesse aux petits pois.
Prêtresse d’un art total, hypnotique et coloré, la Japonaise Yayoi Kusama (née en 1929) est connue dans le monde entier pour ses impressionnantes installations immersives. Elle est également une figure emblématique des années hippies. Touchée par un trouble obsessionnel, elle décline les pois à l’infini, envahissant entièrement l’espace. L’artiste, à la personnalité excentrique, a aussi marqué les années 1960 avec ses performances liées à la nudité et à la liberté de jouir de son corps. Depuis 1973, elle vit dans un hôpital psychiatrique au Japon et continue de créer des œuvres abstraites marquées par le principe de l’accumulation.
Elle a dit
« Ma vie est un pois perdu parmi des millions d’autres pois. »

Sa vie
Yayoi Kusama est née dans le Japon traditionnel des années 20. Très tôt, la petite fille s’intéresse à l’art et au dessin. Sa famille subit de plein fouet les conséquences de la Seconde Guerre mondiale et Yayoi Kusama est mobilisée pour l’effort de guerre : elle réalise des parachutes et des vêtements militaires dans une usine.
Marquée par la figure d’un père très autoritaire, la jeune fille est en proie à un délire obsessionnel, souffrant d’hallucinations visuelles. Elle mène des études d’art, malgré l’opposition de ses parents, et commence à exposer son travail, bien que peu de femmes soient élevées au rang d’artistes dans un Japon conservateur. Elle fait du principe de l’accumulation le ressort de son œuvre, et du pois (polka dot) son motif de prédilection.
Soutenue par l’artiste américaine Georgia O’Keeffe, Yayoi Kusama arrive aux États-Unis en 1957. Grâce à son nouveau cercle, notamment à Donald Judd, elle expose et conçoit des installations au début des années 1960. Elle crée des environnements peuplés ad nauséam de formes phalliques et molles, confectionnées à l’aide de ses draps ou de vieilles chaussettes. Ses œuvres sont psychédéliques à souhait.
À partir de 1966, Yayoi Kusama, devenue populaire aux États-Unis, organise performances et happenings dans des lieux emblématiques à New York : au Museum of Modern Art, à la Bourse ou à la statue de la Liberté. Ces actions sont bien souvent sources de scandale, en raison de la nudité des participants. De ce fait, Yayoi Kusama est régulièrement accompagnée de son avocat. La nudité prend un sens politique : l’artiste milite pour la liberté sexuelle, le droit des femmes à disposer de leur corps, la libération spirituelle…
Dans ses performances, Yayoi Kusama se met rarement en scène mais utilise le corps d’autrui. Elle s’appuie notamment sur le butō, un art chorégraphique japonais d’avant-garde, créé juste à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, et qui explore les spécificités du corps, avec lenteur. La mode et le design l’ayant toujours intéressée, elle crée aussi des vêtements à pois, dont l’esthétique s’inspire des vêtements traditionnels japonais.
Après une période de forte médiatisation, l’artiste connaîtra un essoufflement de sa carrière dans les années 1970. Rentrée au Japon, elle vit depuis 1977 (et à sa demande) dans un établissement psychiatrique, ne sortant que pour travailler dans son atelier.
Les années 1980 remettent l’artiste sur le devant de la scène comme une grande figure de l’avant-garde. Elle est invitée à représenter le Japon à la Biennale de Venise de 1993. Son œuvre fait depuis l’objet d’importantes rétrospectives à travers le monde, attirant des foules de visiteurs, séduits notamment par ses environnements « infinis », envahis de pois, de diodes lumineuses, de ballons ou de motifs psychédéliques. Depuis 2017, un musée lui est consacré dans la ville de Tokyo.
My Flower Bed, 1962
Cette œuvre illustre le principe de l’accumulation choisi par Yayoi Kusama dans les années 1960. En accumulant des formes, souvent molles, l’artiste s’emploie à maîtriser son angoisse et présente d’ailleurs son travail comme une thérapie. Selon elle, c’est une manière de se reconnecter à la nature : « Emplie de solitude, incapable de dormir, je me love dans mon Flower Bed pour la nuit, parce que les fleurs sont douces et aimantes. Je suis alors comme un insecte qui revient à sa fleur pour la nuit ; les pétales se referment sur moi comme l’utérus de la mère protège l’enfant à naître ».

FIAC 2019 : Yayoi Kusama investit la Place Vendôme avec une citrouille géante

Pour la Place Vendôme, l'artiste signe sa réalisation la plus gigantesque : une citrouille de 10 mètres de haut pour 10 mètres de diamètre. Pourquoi une citrouille ? Cette forme revient souvent dans les œuvres de Kusama car sa famille cultivait ce légume à Matsumoto et l’artiste a passé son enfance près de champs de courges kabocha. Yayoi Kusama se réjouit : « Je serais heureuse de montrer mon travail place Vendôme, une place historique si belle et si importante, et je souhaite partager le message d’amour et de paix de mon art avec les Parisiens et les gens du monde entier. »
Infinity mirror, AGO Torronto, 2019
